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Le Domaine de l'Amour

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Nom du Forum: Vos écrits
Description du Forum: Un petit poème, un petite nouvelle...
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Date: 23 octobre 2020 à 16:08
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Sujet: Le Domaine de l'Amour
Posté par: Claudy
Sujet: Le Domaine de l'Amour
Posté le: 14 décembre 2014 à 06:21
Une petite nouvelle que j'ai écrite pour un concours du magazine "Nous-Deux" ...
Bonne lecture ... soyez indulgents, ça n'est pas du Maupassant lol



Comme tous les jours de la semaine, Julie marchait d’un bon pas, le long de la jetée, pour aller prendre son service auprès de Mamie Ida.

          Le mois de novembre pointait le bout de son nez. Les derniers touristes de l’été avaient levé les voiles la dernière semaine de septembre.
Quant aux propriétaires de ces magnifiques demeures typiquement basques, ils ne réapparaîtraient qu’à partir de Noël, où familles et amis se rejoignent afin de fêter dignement ce moment particulier de l’année.
Le reste du temps, comme aujourd’hui, les rues d’Hendaye étaient nues, les routes sans voitures restaient silencieuses, la jetée totalement déserte paraissait merveilleusement belle aux yeux de Julie. Les vagues venaient mourir sur les rochers, résonnant jusqu’à la petite église Sainte-Anne, au milieu d’un rond-point à cinq branches. L’une donnant sur la Poste du Centre-plage, une autre sur quelques restaurants tel que la brasserie Le Palmier, une autre encore sur la rue des Lilas, qui en passant devant une école maternelle nous amène à la gare « Les Deux Jumeaux Ondarraitz » et enfin, une dernière, menant tout droit à la plage.
La mer houleuse était le chef d’orchestre de ce décor si naturellement peint par la nature qu’aucun tableau ne pourrait le représenter correctement.
Julie avait pour habitude de s’accouder devant autant de beauté lorsqu’elle arrivait à la hauteur des « Deux Jumeaux », ces deux rochers si mystérieusement plantés l’un à côté de l’autre. Résultant de l’érosion, ils témoignaient du recul de la côte, une érosion qui ne provenait pas seulement de l’océan, les pluies y avaient largement contribué.
          Blottie dans une veste, recouverte d’un coupe-vent, les pieds chaussés de petites bottines noires, Julie ne craignait pas le mauvais temps.
Au contraire, elle aimait quand de grands signes roses et gris se dessinaient dans le ciel.
Une très forte vague vint s’écraser sur les rochers à en faire presque trembler le décor. Cela ramena Julie à la réalité. Elle devait reprendre sa route car Mamie Ida était très matinale et elle devait être là pour lui prodiguer ses soins, persuadée que le meilleur d’entre eux était la tendresse qu’elle lui offrait jour après jour. Tout en marchant, Julie repensa à son parcours et aux difficultés qu’elle avait dû surmonter, seule.

          Née de père inconnu, elle avait grandi auprès de sa mère qui lui avait enseigné l’essentiel de la vie : aimer.
Suite à un cancer, sa mère s’était éteinte dans la souffrance, laissant Julie seule au monde.
Celle-ci, ayant terminé ses études d’aide-soignante, avait décidé de suivre une formation d’Auxiliaire de Vie Sociale afin d’apporter un peu de chaleur à des personnes âgées, seules, elles aussi.
C’est ainsi qu’après avoir obtenu son diplôme, le DEAVS, elle se retrouva au service d’une charmante dame de quatre-vingts ans, atteinte de tous les maux dont on peut souffrir à cet âge-là, rhumatismes et douleurs en tout genre ; le mal le plus profond étant la solitude. Malgré son âge avancé, Ida était pleine de vie et de gaîté depuis que Julie était entrée dans sa vie. Cela faisait maintenant deux ans que ces deux femmes, que tout semblait séparer, connaissaient tendresse et joie de vivre ensemble. Oui, pourtant, bien des choses auraient pu les éloigner, leur âge, leur situation sociale … et le petit fils d’Ida.

          En effet, un seul point noir au tableau : Sébastien. Il passait voir sa grand-mère chaque semaine, le mercredi.
Professeur d’histoire – géographie au sein du collège Irandatz d’Hendaye, Sébastien était un beau garçon, le mâle dans toute sa splendeur, arrogant, macho, rebelle mais dont le regard aurait pu faire craquer une statue. Pourtant, Julie était restée de marbre lorsqu’il y a environ six mois, il l’avait conviée au restaurant, d’avance persuadé qu’elle allait accepter, comme si elle n’attendait que ça ! Une telle suffisance, une assurance si prononcée que cela devenait un terrible aplomb, tout ce que Julie détestait. Aussi, quelle ne fût la surprise de Sébastien lorsqu’elle refusa son invitation en précisant bien qu’il était inutile d’insister. Depuis, le jeune homme faisait comme si elle n’existait pas. Face à lui, Julie avait l’impression d’être transparente.
Aussi, le mercredi, afin d’éviter de le croiser, Julie faisait en sorte d’avoir des obligations pour pouvoir partir dès que possible.
Ida n’était pas dupe de la situation mais elle acceptait que Julie reparte plus tôt, un voile de tristesse dans le regard : « Ah, ces jeunes ! » pensait-elle.
Mais elle n’avait pas dit son dernier mot !

          
          Arrivée à la hauteur du grand portail blanc en fer forgé, Julie en attrapa délicatement la poignée tout en admirant le jardin qu’Ida affectionnait particulièrement.
Encore bien vert mais semé de quelques teintes caramel ça et là, ce jardin était magnifique. Le citronnier quatre saisons croulait sous des fruits encore immatures, plein de promesses juteuses acidulées. Le néflier du Japon quant à lui conservait son feuillage tout l’hiver ; l’arbre à kiwi était tout décoré de beaux fruits qui auraient encore besoin de quarante à cinquante jours pour arriver à maturité. Le figuier, le pommier, le poirier et le cognassier commençaient doucement à se dévêtir. D’une manière générale, la nature n’offrait pas les mêmes verts qu’au printemps, mais bien que légèrement passés, ces verts étaient bien résistants car ici, en terre basque, la pluie ne nous épargne pas ses bienfaits.
Une croix basque sculptée ornait la façade de la maison juste au-dessus de la porte d’entrée.
           Julie aperçut Mamie Ida derrière le rideau de la fenêtre de la cuisine. Celle-ci l’attendait avec impatience, comme chaque jour de la semaine.
Un sourire radieux s’était dessiné sur son visage frêle et volontaire dès qu’elle avait vu la jeune fille.
Julie lui fit un signe de la main et elle entra.
          « Bonjour Mamie Ida,
          - bonjour mon enfant,
          - Mamie je vous propose que l’on aille faire les courses, il est temps de remplir le frigo puis, au retour, nous pourrions faire une petite promenade jusqu’au Domaine d’Abbadia. Ce programme vous tente-t-il ? »
Ida resta sans voix et feignant une douleur, elle s’assit dans son rocking-chair.
          « Ma petite fille, je me sens bien fatiguée. Je pense que je vais rester au chaud ».
Julie fut très étonnée de cette réaction, cela ne ressemblait pas à Ida de refuser une balade à Abbadia.

           Il faut dire que ce lieu était tout particulier au cœur d’Ida. C’est là qu’elle avait rencontré celui qui allait partager sa vie pendant plus de soixante ans, ce compagnon fidèle et merveilleux avec qui elle avait connu tant de bonheur, tant de bonnes choses, jusqu’à que celui-ci soit emporté par la vieillesse.

          Abbadia est magique. Ce site de soixante hectares protégé par le Conservatoire du Littoral abrite des falaises formées il y a des millions d’années. On peut y observer une succession de bancs horizontaux en creux, tendres, marneux, composés de calcaire et d’argile, et de bancs en saillie, durs, gréseux, formés de sable.
          Un visiteur attentif apercevra peut-être cet oiseau à la silhouette assez lourde avec un long cou sinueux, un grand bec mince et crochu, de grandes ailes arrondies et un plumage à prédominance noir : le cormoran.
Des lapins de Garennes vivent aussi sur ces terres, en petits groupes de huit à dix. Se déplaçant paisiblement, ils se savent protégés sur ce Domaine.
De nombreuses espèces vivent ici, telles les cailles et bien d’autres animaux.
          Une fois que l’on a dépassé le Château et le verger où, en ce milieu de lande maritime, on rencontre ajonc, bruyère et fougère, en pénétrant dans le petit bois, on trouve de la salcepareille, le long des troncs des chênes, des frênes et des pieds de garance voyageuse. En échange de ces tuteurs naturels, la salcepareille protège les arbres du vent salé.

          Ida aimait bien aller se ressourcer en ce lieu paisible et plein de vie.
Elle avait raconté à Julie sa rencontre avec l’homme de sa vie des dizaines de fois déjà, mais celle-ci l’écoutait toujours avec autant d’attention et de plaisir. C’était comme un conte de fées, une histoire qui finit bien.
          Julie avait vingt-sept ans et n’avait pas eu la chance de vivre une histoire d’amour digne de s’appeler ainsi. Julie s’était résignée : les contes de fées n’étaient pas pour elle !

          Après s’être assurée que Mamie Ida n’avait pas de fièvre, Julie dressa rapidement une liste de courses à faire et renfila son coupe-vent pour sortir. Elle connaissait suffisamment bien la vielle femme pour savoir qu’elle était aussi têtue qu’adorable. Elle avait décrété ne pas sortir et elle ne changerait pas d’avis. Aussi Julie se mit en route vers le port jusqu’à la petite épicerie où elle avait pour habitude de se servir. Elle ne traîna pas trop longtemps, Ida étant seule et apparemment souffrante, elle préférait rentrer le plus rapidement possible afin d’être à ses côtés.
          « De jolies tomates en salade, une bonne part de quiche lorraine accompagnée d’une mâche bien assaisonnée avec des petits dés de fromage de chèvre, et pour finir, une généreuse grappe de raisins.
Tout ceci accompagné d’un verre de « Tarriquet », un petit vin blanc du Gers que les deux femmes appréciaient particulièrement… Julie se dit qu’après ça, Ida ne pourrait se sentir que mieux. Ensuite, elles joueraient au Triomino ou peut-être au rami, et l’après-midi s’écoulerait ainsi sereinement. »
          Tout en marchant, Julie dressait donc un planning dans sa tête afin d’essayer de rendre le sourire à Mamie Ida qui, ce matin, ne semblait pas dans son assiette. Cela n’était probablement que passager et en rentrant, la vieille dame l’attendrait peut-être souriante et détendue.
Arrivée au bout de la jetée, Julie tourna en face de l’hôpital marin et entama sa dernière ligne droite. Elle n’était plus qu’à quelques mètres de chez Ida lorsqu’elle aperçut la voiture de Sébastien, un cabriolet BMW rouge, aucune confusion possible, cela ne pouvait être que lui.
          « Nous sommes pourtant bien mardi », pensa la jeune femme.
Puis à la hauteur de la maison, elle vit une seconde voiture, celle du Docteur Miguel, le médecin d’Ida. Julie s’affola et courut jusqu’à l’entrée. Une main ferme retint son bras pour l’empêcher d’aller plus loin.
          « Le Docteur Miguel est auprès de ma grand-mère » dit Sébastien.
Voyant que Julie ne comprenait pas ce qui se passait, il ajouta :
          « Grand-mère m’a téléphoné vers dix heures en me demandant de venir le plus vite possible, sans aucune explication supplémentaire. Lorsque je suis arrivé, il était déjà auprès d’elle. Bon sang, mais où étiez-vous donc ?
          - Je suis allée faire quelques courses pour midi, balbutia Julie. Mamie Ida était fatiguée et a préféré rester au chaud plutôt que de m’accompagner. Je ne pensais pas…
Sébastien lui coupa la parole :
          - Vous n’êtes pas payée pour penser mais pour prendre soin de ma grand-mère ! »
Julie rougit de colère, elle prenait soin d’Ida comme si elle était sa propre grand-mère. Elle était son amie. Il n’avait pas le droit de lui parler ainsi. Julie était tellement en colère qu’elle ne pût même pas répondre à Sébastien. Cette colère se mêlait à un sentiment d’inquiétude.
          « Cela fait plus d’une demi-heure que le médecin est avec elle » marmonna le jeune homme.
Que se passait-il donc ? De quoi souffrait Ida ? Les deux jeunes gens étaient inquiets tous les deux.
          « C’est sûrement le seul point commun que nous ayons », pensa Julie.          

          Une porte grinça. Le Docteur Miguel longea le couloir. Julie et Sébastien ne lui laissèrent pas un temps de répit.
          « Que se passe-t-il Docteur ? demanda Julie.
          - Puis-je aller auprès de ma grand-mère ? », demanda Sébastien.
Le médecin fit un signe de la main pour demander du calme :
          « Madame Delaune vous dira ce que bon lui semblera. Vous pouvez aller la voir. Au revoir. »
Sur ces quelques mots, il sortit de la maison en secouant la tête.
Ne comprenant pas, les deux jeunes gens restèrent interloqués. Après quelques secondes de réflexion, ils se dirigèrent tous les deux vers la chambre du fond.
Sobre, les murs tapissés de moult cadres de photos de famille. Le lit, perpendiculaire à la fenêtre, était recouvert d’un jeté dans les tons de bleu. Au-dessus, une Vierge discrète. A droite du lit, une petite chaise qui accueille les vêtements. A gauche, une table de nuit avec un réveil, un livre et un napperon brodé. En face du lit, une armoire ancienne. Enfin une commode assez cossue pour compléter le mobilier. Sur cette commode, une photo de son mariage et un petit vase toujours fleuri.
          « Que se passe-t-il Grand-mère ? Je suis venu aussi vite que possible mais le Docteur est resté longtemps avec toi. Tu as eu un malaise ?... »
Sébastien s’était assis sur le bord du lit et tout en tenant la main d’Ida, il posait des questions, les unes après les autres, sans laisser à personne le temps d’y répondre.
Julie leva les yeux au ciel. Elle s’approcha du lit :
          « Que se passe-t-il Mamie ? Nous vous écoutons, dit-elle en insistant.
- Mes enfants, je suis fatiguée, tout simplement très fatiguée, je me fais vieille et…
- Oh non, commencèrent à dire Julie et Sébastien.
Mais Ida reprit la parole :
- Je vais vous demander un peu plus d’attention que d’habitude. Surtout
toi, Sébastien, j’aimerais te voir plus souvent dans les jours qui viennent. Quand tu débauches, j’aimerais que tu viennes près de moi, nous pourrions aller nous promener tous les trois.
          - Mais enfin Grand-mère, dis-nous au moins…
- Je n’ai rien à dire de plus mon petit. De toi, je réclame ta présence et, de vous deux, que vous cessiez de vous disputer puisque nous allons passer un peu de temps ensemble. Vous voulez bien me faire ce plaisir juste quelques semaines, quelques jours ?
          - Oh Grand-mère, je serai là, si tel est ton désir ;…Tu es sûre de ne rien vouloir nous dire de plus ?
          - Je crois que je vais dormir un peu. Repars au collège, tes élèves t’y attendent. Julie sera avec moi. » dit-elle.
Puis elle ajouta :
          « A cet après-midi, Sébastien, nous t’attendrons toutes les deux vers dix-sept heures pour aller faire une promenade le long de la jetée. »
Sébastien n’insista pas et, toujours inquiet, se mit en route vers les lieux de son travail.
Ida n’était pas capricieuse, si elle demandait leur présence, elle avait ses raisons.
          « Quelques semaines, quelques jours » avait-elle dit. Ses jours étaient-ils comptés ?
Appuyée sur le coin du portail, Julie regarda le cabriolet rouge disparaître au coin de la rue. Elle ne savait plus sur quel pied danser. Elle qui faisait tout pour éviter Sébastien, voilà que pour faire plaisir à Mamie Ida, elle allait devoir passer des heures auprès de cet homme que la Terre ne portait pas !
« Chère Ida, c’est bien pour vous... ».    

          Deux semaines s’étaient écoulées. Des moments paisibles tout au long de la journée, puis des heures, tant redoutées par Julie, qui s’avéraient plein d’enthousiasme et de joie en présence de Sébastien.
Celui-ci arrivait dès sa sortie du collège. Après une sortie quelquefois bien prolongée afin de profiter au maximum de ce bel été indien, la petite famille dînait tranquillement. Sébastien repartait aux alentours de vingt-deux heures. Julie, elle, s’était installée en continu. Elle dormait dans la chambre d’ami. Ainsi Ida n’était jamais seule. Les deux jeunes gens ne s’étaient pas querellés une seule fois depuis l’incident. Le Bonheur de Mamie Ida et sa santé passaient avant tout.
          Et pour être franche, Julie se dit qu’elle n’avait pas eu besoin de beaucoup d’effort pour s’entendre avec Sébastien. Il s’était révélé être quelqu’un de très simple, doté d’humour et toujours plein de tendresse lorsqu’il s’adressait à sa grand-mère. En fait, il avait bien des qualités que Julie n’avait pas soupçonnées jusqu’ici.
          « Beau garçon, intelligent, s’intéressant un peu à tout… »
Julie se sentit mal à l’aise à l’idée de trouver du charme à cet homme.
          Sébastien, de son côté, avait découvert une autre Julie. Une face qu’il ne connaissait pas. Il la pensait tête en l’air, rêveuse, et cela ne pouvait pas plaire à ce Professeur qui était persuadé que tout s’explique par A + B.
          « Pourtant, cela ne manque pas de charme une femme qui croit au destin… »
De plus Julie était très belle, ce qui ne gâchait rien.
A cette pensée, Sébastien se dit qu’à force de la voir de façon aussi répétée, de passer du temps ensemble, ce qu’il ressentait pour Julie était forcément exagéré. Mais au plus profond de son âme, il n’avait aucunement envie que cela s’arrête.
Ces deux êtres étaient troublés. Ils avaient peur de ce qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre.
Mais la santé de Mamie Ida devait passer avant tout. Il était primordial qu’elle se sente bien et qu’elle soit heureuse de constater que sa demande avait été entendue.
Installés autour d’une table en terrasse du Café Maxim’s, Ida, Julie et Sébastien dégustaient une tasse de chocolat chaud. Chacun s’abandonnait ainsi à ses pensées. Face à l’océan, en guise de décor, la nature leur offrait un spectacle réjouissant, un merveilleux coucher de soleil qui se reflétait dans l’eau.
          Julie devina plutôt qu’elle ne vit, derrière les lunettes noires, un regard insistant qui l’observait. Elle en fût très flattée. Son cœur s’emballait. Elle ressentit des picotements le long du dos, de la nuque jusqu’au bas des reins. Julie était totalement grisée. A cet instant, Sébastien aurait pu faire d’elle ce qu’il voulait. A la place de ça, le jeune homme se racla la gorge et s’éloigna jusqu’au comptoir pour acheter des beignets.
          « Eh bien, ce n’est pas gagné ! » pensa Ida qui n’avait pas manqué une miette de la scène qui venait de se produire.

          Une semaine de plus était passée. Les jours s’égrainaient sereinement avec, pour ingrédients, joie et bonne humeur…et une petite pincée de confusion pour Julie et Sébastien.
          Arrivés au Domaine d’Abbadia, ils avaient tous les trois passé le château et pénétré au cœur de cette immense forêt, si chère à la mémoire d’Ida.
Devant ce décor majestueux, ils s’étaient arrêtés au pied d’une falaise donnant sur la mer. Un cormoran attira leur attention. Ils attendirent avec impatience que celui-ci bouge. Soudain, il prit son élan à la surface de l’eau et plongea à la poursuite des poissons, utilisant ses pattes et ses ailes pour se propulser.
          Ils restèrent là en admiration devant ce cadeau de la nature. Puis ils firent marche arrière et rattrapèrent le sentier. Un petit banc en bois semblait les attendre. Ida et Sébastien s’assirent un instant. Julie continua de marcher lentement. Silhouette élancée, tête haute, elle semblait sûre d’elle et bien dans sa peau. Sébastien ne parvenait pas à décrocher son regard jusqu’à ce qu’Ida lui dit :
          « Elle te plaît cette petite, tu es amoureux d’elle. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Alors qu’attends-tu ? Rejoins-la et déclare lui ta flamme. Laisse parler ton cœur, elle n’attend que ça.
          - Grand-mère, je suis bien trop préoccupé pour songer à ce genre de choses. Puis il ajouta, comme pour se l’avouer à lui-même, tu as vu juste, j’aime Julie.
          - Ce n’est pas à moi qu’il faut le dire, reprit Ida, c’est à Julie. Qu’est-ce qui te tracasse à ce point ?
          - Ta santé, Grand-mère. Tu ne veux rien nous dire, tu refuses d’en parler mais…
        - Je suis en aussi bonne santé que mon âge le permet, nigaud !
        - Tu n’es pas malade ?
        - Non, je n’ai d’ailleurs jamais dit que je l’étais. J’ai simplement réclamé votre présence à tous les deux. Vous en avez tiré vos propres conclusions… et je reconnais que je n’ai rien fait pour que vous pensiez différemment. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour que vous passiez du temps ensemble et que vous appreniez à vous connaître.
          - Mais le docteur, … il était présent ce jour-là.
          - Je lui avais demandé de passer pour qu’il m’épaule dans cette histoire mais il a refusé. Par contre, par respect pour mon âge et peut-être aussi parce qu’il était tenu par le secret professionnel, il a accepté de ne pas dévoiler la vérité.
          - Maintenant, je comprends mieux son attitude lorsqu’il est sorti de la maison. Il secouait la tête, l’air complètement désabusé. Oh, Grand-mère, il n’y a que toi pour faire une chose pareille !
- Tu ne m’en veux pas trop ? »
En guise de réponse, Sébastien la serra dans ses bras et déposa un baiser sur son front.
          « Alors, qu’est-ce qui te retient maintenant ? Julie t’attend. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas trop, elle non plus.
-     Je suis certain que non, elle t’aime beaucoup trop pour ça. »
Sébastien se leva, respira un bon coup, comme pour se donner du courage et rejoignit Julie qui photographiait des oiseaux.



          Depuis le banc, Ida regardait les deux jeunes gens : Sébastien en train de raconter la petite mise en scène de sa grand-mère. Julie, à la fois surprise et heureuse que Mamie Ida ne soit pas souffrante et, enfin, ces deux êtres qui s’enlaçaient et que, désormais, rien ne pourrait séparer.
          Ida essuya une larme. Les souvenirs refaisaient surface… de merveilleux souvenirs…
          Si un jour, vous avez un peu de vague l’âme, allez donc faire une petite balade au Domaine d’Abbadia. Tout peut arriver au Domaine de l’Amour !

FIN


   

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